Toulouse : les voitures contre les vélos

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Prise de con-science 

Il était une fois dans ma tête, la prise de conscience d’un réel problème.

Lorsque je suis au volant d’une voiture, il m’arrive souvent de maudire les cyclistes :
ceux qui grillent les feux rouges (dis-moi, le code de la route, t’as cru qu’il avait été écrit pour les animaux ?),
ceux qui doublent n’importe comment, ou encore ceux qui roulent en plein milieu de la route à deux kilomètres à l’heure quand je suis en retard (lorsque l’un des membres de la Boudu Team arrive à l’heure
lors d’un rendez-vous, c’est qu’il s’est trompé d’heure
).

Et lorsque j’enfourche un Velib’ (les puristes diront que ça s’appelle Vélôtoulouse ),
et bien je maudis les voitures :
celles qui me doublent de beaucoup trop près
(désolée chéri mon emploi du temps est beaucoup trop chargé en ce moment : si je meurs, ça va tout décaler),
celles qui pilent devant moi comme si je n’existais pas,
ou encore celles qui me disent de rouler plus vite
(ai-je vraiment l’allure de quelqu’un qui s’entraîne pour le Tour de France ?).

Face à ce constat, une seule pensée m’est venue à l’esprit : « t’es complètement schizophrène ma pauvre fille :
en voiture tu détestes les vélos, à vélo tu détestes les voitures : va voir un psy
 ».
Le psy m’a renvoyée chez moi en me disant que le problème ne venait pas de moi
en 24 ans de vie, c’est le premier homme qui me dit ça, j’ai pleuré d’émotion
mais qu’il venait de la cohabitation vélos/voitures à Toulouse.

La Boudu Team a donc décidé de mener l’enquête, un peu comme dans les Experts mais en mieux –
bah oui, ils ne font jamais l’apéro, eux.
Nous avons minutieusement récolté auprès des cyclistes, des voituristes
(on postule pour entrer dans le Larousse 2016) et de la mairie de Toulouse,
des indices et des témoignages que nous avons décidé de vous faire partager.

Nous commencions sans le savoir une enquête,
sur ce qui pourrait s’apparenter à une Troisième Guerre mondiale.

« C’est tous des connards »

Nous ne devrions pas te le dire mais nous avons ramé comme des avironneurs pour écrire cet article.

Nous nous sommes même levés un lundi matin à huit heures – oui Maman, j’te jure que je ne mens pas pour les impressionnerpour aller rencontrer Jean-Michel Lattes dans son bureau du Capitole (tu sais, l’adjoint au maire chargé aux transports),  afin de lui demander son avis sur la question.
Nous en avions de la matière, pour te rédiger un article digne de ce nom
sur cette guerre froide qui sévit sur le territoire toulousain depuis quelques années déjà.
Mais face à toutes ces données, la panique a été totale :
tout le monde avait tort, tout le monde avait raison, c’était une horreur.
On a pleuré comme si l’on venait d’apprendre que Patrick Sebastien allait animer notre prochain anniversaire.
Nous avons failli abandonner cette idée d’article, car nous ne savions pas comment tout mettre en ordre.
Cependant, à Toulouse, lorsque l’on a une idée dans la tête, on ne l’a pas dans le genou.

Il y a eu cette sexagénaire qui a fait du vélo son seul moyen de transport et qui nous a avoué
que son plaisir tous les matins est d’insulter chaque voiture qui passe
(nous, c’est de découvrir qu’il reste encore une capsule de café à l’appart, mais bon, chacun ses délires).
Il y a eu cet automobiliste trentenaire qui s’est emporté en nous disant que les vélos sont des suicidaires et qu’il les écraserait bien tous s’il le pouvait (hé, Daniel, un suicidaire il a pas besoin de toi pour se faire écraser).

Il y a eu la poésie sortie de la bouche de nos interlocuteurs :
odieux, pressés, affreux, agressifs, chacun pour sa gueule, c’est l’bordel, c’est tous des connards…
Verlaine est mort ? Vive les toulousains !
Non mais un peu de sérieux, les gars. Faites-les rimer, vos insultes, c’est plus joli !

Il y a eu Jean-Michel Lattes qui nous a exprimer l’impossibilité pour lui de satisfaire tout le monde,

Con-clusion

Cependant, au fil de notre enquête, quelque chose nous a sauté aux yeux.
On aura beau rajouter 347 985 kilomètres de pistes cyclables, pousser les immeubles du centre-ville pour agrandir les voies, créer des voitures volantes pour désengorger les routes,
créer des vélos volants pour aller embêter les voitures volantes qui désengorgent les routes…
Si le comportement des gens comme nous ne change pas, rien ne changera.

Si, depuis mon vélo, je continue d’insulter violemment chaque voiture qui me double dangereusement,
je pousse chacune de ces voitures à haïr encore plus les vélos.
Si, depuis le volant de ma voiture, je double un vélo en l’insultant pour qu’il aille plus vite,
je ne fais que l’inciter à haïr encore plus les automobilistes.
C’est mathématique. C’est 1+1 = 2. C’est d’une logique implacable. Mais c’est compliqué.

Oh que oui, se remettre en question sur ce genre de sujets,
c’est pour nous aussi difficile que d’expliquer le théorème de Thales en moins de quatre heures
(2 de moyenne en maths en seconde – ne teste pas).
Depuis cette prise de conscience, on observe avec attention tous ces gens comme nous qui,
depuis leur vélo ou leur voiture, insultent le camp adverse avec férocité.
En fait, cette guerre, c’est nous qui l’avons crée.
Avec nos comportements de personnes pressées qui n’ont le temps de rien, qui veulent aller plus vite,
au détriment de la vie, du respect, de la bonne humeur.

Désormais j’essaye de sourire et de prendre les choses avec philosophie.
Parfois, mon tempérament sanguin ressort.
Mais au lieu de me soulager, ce genre d’altercations me renvoie à la figure mon propre degré de débilité.

Alors, venez les gars, on arrête cette guerre, il y en a déjà bien trop ailleurs. Allez, on essaye au moins.
S’arrêter au feu rouge lorsqu’on est un vélo pour montrer qu’on ne veut pas mourir écrasé.
Relativiser si un vélo avance lentement et qu’on est en retard, en se disant que le soutenir et être patient,
c’est comme fumer ensemble le calumet de la paix.
Répondre avec un sourire si on se fait insulter, juste pour montrer à l’autre que,
non désolé, nous ne jouons plus à ce jeu-là.

Je sais, Toulouse, tu as le sang chaud. Je sais que c’est difficile. Mais regarde comme tu sais profiter de la vie
et prendre le temps lorsque tu bois un verre en terrasse dès que le soleil pointe le bout de ses rayons.
Alors pourquoi ne pas profiter de la vie et prendre le temps, mais tout le temps ?
Les verres en terrasse, c’est trop cool, mais promis, le reste l’est aussi.
Et ne nous dis pas, Toulouse, que nous sommes des gros donneurs de leçons
– c’est que tu n’as rien compris à l’esprit Boudu. Tu te rappelles du petit colibri ?
Si tout le monde y met du sien, j’te jure, on peut arriver à être heureux.
A vélo, en voiture, en skate ou en patin à roulettes.

Merci à Camilla, Fanny, Jacques, Aude, Danielle, Jean, Nicole, Maurin, Nicolas,
et tous ceux dont on n’a pas le prénom, pour leurs précieux témoignages.

Merci à Jean-Michel Lattes d’avoir si bien accueilli nos têtes de toulousains-mal-réveillés un lundi matin.
Merci à toi, boudu-lecteur, de nous avoir lu jusqu’au bout.

VOS SUGGESTIONS / LES RÉPONSES DE JEAN-MICHEL LATTES

Plus d’endroits pour attacher les vélos à ToulouseOn essaye ! Un plan de développement est en cours, il y en a plus chaque année
Station de gonflage pour vélosChez Décathlon, c’est gratuit ! A titre personnel, c’est là que je vais
Ne pas partager les pistes cyclables avec les voies de busCe système a été mis en place avec l’accord de Tisséo
par rapport à une grosse demande des cyclistes
Ne pas faire cohabiter les voitures et les vélos dans les rues trop étroitesIl n’y a eu aucun accident depuis 15 ans, même au niveau national : c’est juste psychologique et en réalité, cela rend les gens plus prudents
Marquages au sol plus visibles, ajouter des pistes cyclablesDes pistes cyclables supplémentaires en hypercentre, c’est impossible, mais le budget « plan vélo » a été augmenté, donc des améliorations sont en cours sur le Grand Toulouse

Instaurer un permis vélo gratuit mais obligatoire

Impossible aussi, mais un système d’apprentissage dans les collèges a été mis en place

Boudu-auteur

Sophie

Sophie

Co-fondatrice de Boudu Toulouse & chroniqueuse art de vivre pour L'Opinion Indépendante. Aime les mots, les gens, le café et la Burrata.

4 comments

  1. Avatar
    Seb 28 octobre, 2015 at 05:35 Répondre

    On peut aussi se demander si le centre ville est vraiment fait pour les voitures ? Même si elle a été modelés pendant longtemps pour elle (sens uniques, carrefours à feux) le réponse est peut être négative…
    Ah oui et puis juste une recommandation en voiture (que j’utilise mais que hors du centre ville), si on demande aux cyclistes de respecter les feux (à la limite ça les regarde, c’est plus de la jalousie) il faut que nous respections les limitations de vitesse car là nous somme pire qu’eux au feu et surtout bien plus dangereux que leur 80kg tous mouillés ! et d’ailleurs ils vont plus vite que nous en vitesse moyenne !.

    • Avatar
      Simba 28 octobre, 2015 at 16:50 Répondre

      Salut Seb !

      Merci beaucoup pour ton commentaire !
      Nous avons parlé à Jean-Michel Lattes d’un centre-ville tout voiture justement, il nous a expliqué que ça serait l’idéal en effet, mais que ça porterait préjudice à de nombreuses personnes, notamment les personnes âgées qui ont régulièrement besoin de médecins, plombiers…

      Concernant les feux et les limitations, c’est exactement ça : c’est à tout le monde d’y mettre du sien !!!!

      Passe une excellente soirée et à très vite sur Boudu,

      Boudument,

      La Boudu Team

  2. Avatar
    Theron 16 novembre, 2015 at 10:24 Répondre

    Coucou,
    Tiens, pourquoi ne pas vous poser des questions simples :
    – Pourquoi près de 99% des cyclistes grillent les feux ?
    Le code de la route a été écrit par et pour les automodébiles, qui voulaient régenter la vie de tous les autres modes de déplacements. Par exemple, savez-vous que les enfants ont l’interdiction de jouer dans la rue dans plus de 30.000 communes en France ? Ce n’est pas dit dans les arrêtés municipaux mais la cause en est de la présence massive de bagnoles… C’est un peu comme si on disait à tout le monde de rester chez soi du fait de la présence de dangereux kamikazes et de types armés de kalach dans les rues…
    Mais si les cyclistes grillent les feux, il faut d’abord qu’ils puissent les atteindre, parce que quand tu vois les conducteurs de scooters prendre les aménagements là t’as envie de faire mal… T’as déjà vu une piste réservée aux scooters ? Ben non, y’en a pas, en plus de puer, d’avoir le plus fort taux d’accidents et de morts (ce qui explique d’ailleurs que leur nombre n’augmente pas puisqu’ils s’éliminent eux-mêmes…), les scooters sont égoïstes et n’ont jamais milité, contrairement aux cyclistes !
    Pourquoi les cyclistes grillent les feux ? Est-ce par défi permanent contre l’autorité ? Ou bien a t’on là le fond de recrutement des kamikazes jihadhistes ? Que nenni ! Les feux ont été inventés par et pour les bagnoles, c’est notamment l’endroit où les piétons (qui existaient depuis des millénaires…) ont été autorisés à passer d’un côté à l’autre de la rue… Donc cela ne correspond absolument pas ni aux piétons et aucun cycliste ne peut accepter qu’on lui dise de s’arrêter à des endroits où il a un champ de vision et d’audition qui lui permet de voir et d’entendre qu’il n’y a aucun danger. D’ailleurs, si vous regardez les causes d’accidents des cyclistes vous verrez que ce n’est pas aux feux mais bien à cause des automodébiles ! Et la réciproque n’est “malheureusement” pas vrai du tout…. Bon, c’est vrai, il y a aussi le fait d’aménagement “cyclables” foireux, tels les bandes le long des portières de bagnoles… Tiens, d’ailleurs, Jean Michel vous a t il dit que l’agglomération recueillait chaque année les données pompiers et police sur les accidents de vélo ? (type d’aménagement, causes, etc.), parce que nous les vélorutionnaires n’avons toujours pas le droit de les voir. Comme nous n’avons toujours pas le droit d’avoir notre mot à dire sur les aménagements qui nous concerne, réalisés avec l’argent de nos impôts… Bon, dans une démocratie de pacotille, c’est pas étonnant !
    Donc, griller un feu pour un cycliste cela ne se fait pas n’importe comment, d’ailleurs si c’était le cas tu t’apercevrais qu’il y a chaque année des centaines, peut-être des milliers de piétons morts aux carrefours… Ce qui ‘est pas le cas, d’ailleurs il n’y en a jamais eu ! En fait on grille un feu, puis 2, puis 3, etc. et on s’arrête quand on ne peut pas passer. Cela nous permet de garder une vitesse moyenne, parce qu’un-e cycliste aime bien rouler. Je te parle là des vrai-e-s cyclistes, parce que les vélibs c’est quand même vraiment dangereux : ils représentent la moitié des accidenté-e-s à vélo, autant des incivilités, contribuant à la sale image des cyclistes alors qu’ils ne représentent qu’une petite minorité. Par contre, vous avez dû oublier combien la ville de Toulouse filait à JC Decaux propriétaire des vélibs ? 6,2 millions d’€ par an ! Si vous regardez bien c’est plus que le budget vélo de l’agglomération, soi-disant relevé…
    Bien, je vais pas tout vous dire, juste pour vous montrer que j’en connais un rayon et que la prochaine fois ce serait sympa d’aller rencontrer les vélorutionnaires à leur atelier, réunion les mardis à 20h15, atelier de vélonomie (tu peux trouver des pièces et des conseils pour trouver, réparer ou entretenir une bicyclette) ouvert les mardis de 16h à 20h, mercredis de 16h à minuit et samedis de 14h à 18h, pour la modique adhésion de 15€ annuels. Et on te racontera des milliers de belles ou terribles histoires avec ou sans moteurs !
    Biz, O!

  3. Avatar
    Pietonàroulettes 28 novembre, 2015 at 10:49 Répondre

    Pourquoi de formidables jeunes mamans au quotidien deviennent hystériques au volant de leur engin pour récupérer leur progéniture ???
    Pourquoi des Loboto-mobilistes impatients derrière leur volant jalousent les cyclistes qui franchissent les feux rouges dans une course réfléchie ?
    Pourquoi certains piétons abusent de leur état de faiblesse vis à vis des véhicules en traversant n’importe où / n’importe comment alors qu’il ne tombe pas de grêle en toute impunité ?
    Pourquoi certains ados d’aujourd’hui roulent n’importe où et font n’importe quoi en scooter ?
    Et le civisme dans tout ça… Boudu alors!
    Que celui / celle qui n’a jamais perdu ses moyens pour aller vers un bon plan Boudu se morde la langue en se machant les doigts !

    Vite un Boudu-plan pour ce midi et retrouver une certaine sereinité … 🙂

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