Le temps d’un sourire

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 « -Bonjour !
-…
-Passez une bonne journée ! »
Silence. Bruits de talons qui s’éloignent.

 Ces pas qui disparaissent, ils pourraient être les miens, ils pourraient être les tiens, ceux de ta mère, de ton père ou de ton meilleur pote (et si tu nous dis « gnagnagna les hommes d’abord, ils ne portent pas de talons » , nous te répondrons  » et Sarkozy, il met quoi à ses pieds ?? » ). Par conséquent, ces pas pourraient donc très bien être aussi ceux de Sarkozy.

Mais là n’est pas le propos. Toute cette introduction théâtrale  pour dire que la scène qui vient d’être évoquée quelques lignes plus haut, c’est du vécu.
Un SDF et une femme qui passe devant lui. Il lui dit bonjour, elle ne répond pas. On ne peut pas lui en vouloir, à cette femme. Nous avons tous des soucis, nous avons tous nos jours « pas la tête à ça ». Mais justement.
Nous avons tous été un jour cette personne désagréable qui préfère fermer les yeux face à la misère assise juste devant elle.

Avec cette vidéo, nous n’avons pas voulu vous montrer à quel point nous sommes généreux et bons.
Qu’on se le dise, il ne s’agit pas là d’une propagande de la Boudu Team, qui tendrait à vous démontrer combien nous sommes parfaits.
Bon,ok, je mens. C’est vrai que nous sommes un peu parfaits. Enfin, surtout moi. Nous sommes très beaux, et puis drôles, et en plus nous sommes intelligents. Mais quand même.
Il nous arrive de ne pas trier nos déchets (à l’instant même où mon écolo de père lira cette phrase, sachez qu’il me renie – pour vous je prends le risque de devenir orpheline). Il nous arrive de klaxonner bruyamment quand le feu passe au vert et que la voiture de devant n’avance pas. Il nous arrive de ne pas répondre à un SDF parce qu’on ne s’est pas réveillé, qu’on est en retard au travail et qu’ à l’appart, il n’y avait plus de café.
Et même que parfois, on dit des gros mots.
En résumé, nous sommes humains. Et on sait que toi aussi (oui, peu de risques que tu sois un petit chaton gris – quoique, dans ce monde de fou, on ne sait jamais. Donc si tu es un petit chaton gris, contacte-nous via Facebook, nous avons des questions à te poser).

 C’est en observant les gens et leur attitude vis-à-vis des SDF que l’idée de leur consacrer une journée a germé. Initialement, il n’était pas question d’en faire une vidéo, pas même pour Boudu. 
On voulait juste apporter un peu de joie à un quotidien fait de bières bon marché et de pièces de deux centimes abîmées.

 On te passera le paragraphe qui dit que les SDF sont les grands absents des programmes électoraux.
On te passera le paragraphe qui dit que c’est compliqué pour eux de se réinsérer à la société.
On te passera tout ça, parce que tu le sais déjà.

Mais si demain, en partant à la fac ou au travail, tu offres un bonjour, un coca, un sourire, ou une cigarette au mec assis sur le trottoir face au tabac devant lequel tu passes tous les jours, notre objectif aura été atteint.

Nous appréhendions la réaction de ces 20 hommes et femmes à qui nous allions distribuer ces poches (salade de riz faites par nos soins – et nous avons même réussi à ne pas mettre le feu à la cuisine, ce qui dans notre cas, peut-être considéré comme une sorte d’exploit national-, une pomme, une bouteille d’eau, du pain et de la nourriture pour chien).
Nous ne voulions pas qu’ils nous prennent pour des jeunes merdeux qui se sentent supérieurs à eux. Alors nous sommes simplement arrivés vers chacun d’entre eux, avec un bonjour, un sourire, et un « bon appétit ».

Il y a ceux qui nous ont simplement dit « merci », parfois dans un français approximatif.
Il y a ceux qui nous ont demandé qui nous étions et pourquoi nous étions là.
Il y a celui qui s’est jeté sur le pain pour le manger.
Et puis il y a ceux, qui comme Alain, ont à peine regardé la poche, parce qu’ils avaient juste besoin de parler.
Alain est probablement celui qui nous a le plus touché. Il nous a raconté sa vie d’avant la rue, les films qu’il regardait, le travail qu’il faisait, la ville dans laquelle il habitait. Il nous a décrit sa vie de maintenant,  l’argent qu’il touche chaque mois et la rue dans laquelle il dort, le soir, abrité sous un porche, et ce patron du café juste en face avec qui il discute tous les matins.

Nos poches ne changeront pas le monde. Mais le sourire d’Alain quand nous lui avons dit au revoir a probablement été notre plus beau moment de la journée. Parce que nous avons essayé, à notre humble manière, de redonner un peu de sens au mot « humanité ».
Et il est là notre but, à travers cet article et cette vidéo.
Dans cette société où l’on se déconnecte de l’essentiel à force de trop se connecter, il est important de rappeler que parfois, il y a des sourires et des mots qui peuvent changer une journée.

Nous terminerons ceci avec une légende amérindienne qui résume parfaitement ce que nous avons voulu faire.

  Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
Et le colibri lui répondit : « Je le sais. Mais je fais ma part.
 »

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Sophie

Sophie

Co-fondatrice de Boudu Toulouse & chroniqueuse art de vivre pour L'Opinion Indépendante. Aime les mots, les gens, le café et la Burrata.

3 comments

  1. Fanny 12 novembre, 2014 at 00:47 Répondre

    Belle initiative! C’est vrai que parfois, ouvrir les yeux sur la misère qui nous entoure, permet de relativiser et de se débarrasser un peu de la superficialité qui nous dévore… Etre capable d’empathie, c’est rare… et c’est précieux, pour se souvenir que ça pourrait être nous à cette place, ou notre père, notre mère, notre frère, notre soeur… C’est exactement ça, juste faire sa part, quand c’est possible, sans gloriole, ni culpabilité. Juste ce qu’on peux quand on peux. 🙂

  2. stussy 13 novembre, 2014 at 14:20 Répondre

    Touchant comme article et vidéo sympathique !!!
    Je trouve que la misère est dure, non pas pour nous mais pour ceux qui la vivent. Alors on nous demande svt d’aider les gens dans le monde entier mais, peut être en égoïste surement, je me dis tjs pourquoi nous n’aidons pas ceux qui sont chez nous, notre pays. Si tout le monde en faisait autant et se concentrer sur un seul et même objectif, pourrions nous peut être un jour (je dis peut être, parce que l’homme est un mammifière étrange qui se complet svt dans sa bulle et n’aime pas jeter un oeil ailleurs) faire diminuer la pauvreté, la violence (envers l’humain et l’animal), et peut être de tenter de sauver un jour notre planète de tous ses fléaux (no no je suis pas gourou et encore moins fumeuse :p) … je pense à l’avenir de ma fille 😉
    see u soon ^^

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